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Être père avec un handicap visuel : une mission compliquée

C’est un article très personnel que je vous délivre aujourd’hui. Si j’ai ressenti le besoin d’aborder mes difficultés d’être père avec un handicap visuel, c’est précisément parce que ce sujet me pèse. Sans concessions, je vais donc vous décrire les principaux problèmes que je rencontre avec mon fils de seize mois. Cela pour faire avancer ma réflexion personnelle mais aussi pour recevoir des conseils de votre part. Je vous attends donc dans les commentaires en dessous de cet article ou directement sur ma boîte mail pour m’aider à calmer mes angoisses.

Dis Samir, est-ce que tu m’aime ?

Je m’en veux un peu, mais je dois vous avouer qu’il m’est arrivé de me poser cette question à plusieurs reprises. En effet, quand mon fils se met à pleurer, je suis incapable de le calmer. À l’inverse, dès que ma femme ou que la mère de cette dernière le prennent dans leurs bras, il s’apaise instantanément. Dans ces moments-là, j’ai du mal à contenir ma tristesse. C’est plus fort que moi. Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il désapprouve le fait d’avoir un père avec un handicap visuel.

Je pense cela car ma belle-mère est capable de l’emmener courir dans tout le village, et que moi, je ne peux pas. Je pense cela car ma femme est capable de le pousser sur son vélo à l’extérieur, et que moi, je ne peux pas non plus. Un papa qui ne peut pas, pas très réjouissant n’est-ce pas ? Je tente de jouer avec lui le plus possible mais je resterais toujours limité par rapport aux autres. En tant que non-voyant, comment faire pour que mon fils me considère aussi intéressant que tout le monde ?

Une erreur originelle

Je ne suis pas non plus tout blanc dans cette affaire. J’ai pris une très mauvaise décision dès les premiers jours de l’existence terrestre de mon petit bébé. Considérant que mon problème de vue m’empêchait de faire correctement tout un tas de tâches comme le changement des couches ou la prise du bain, j’ai d’office laissé ce travail à ma femme. Je suis parti du principe que ça lui prendrait beaucoup moins de temps et d’énergie que moi de s’occuper de ces choses-là donc je me suis mis en retrait. Pour elle, tenir la cuillère bien droite et la diriger jusqu’à une petite bouche à peine ouverte, aucun problème. Pour moi, c’est un vrai casse-tête.

Cependant, je comprends aujourd’hui que j’aurais dû faire des efforts. Finalement, il est plutôt logique que notre bébé se tourne vers celle qui lui donne à manger lorsqu’il est inquiet. Pour lui, je ne suis probablement qu’un copain avec qui on joue de temps en temps. Est-il possible d’inverser la tendance ? Un père avec un handicap visuel reste-t-il un père avant tout ?

Une simple question d’handicap ?

Au-delà de ce constat et des quelques causes que je viens de vous évoquer, je possède également une seconde théorie. Il paraît que les bébés garçons sont très proches de leur mère, que la relation père-fils ne se développe qu’un peu plus tard. Handicap ou pas handicap. Si si, je crois que c’est Freud qui l’a dit. Ainsi, même si j’étais un papa tout à fait valide, j’aurais peut-être pu vivre la même sensation d’éloignement. Il est possible qu’être un père avec un handicap visuel n’ait pas vraiment d’effet sur ce plan en particulier.

Un père avec un handicap visuel rempli de doutes

IL est vrai aussi que l’arrivée de mon fils a amplifié ma malvoyance de manière assez inattendue. Lorsque je vivais seul, le fait d’être un jeune homme aveugle n’avait plus vraiment d’importance pour moi. J’avais développé tout un tas de techniques qui me permettaient de vivre à peu près comme tout le monde. La livraison des courses, la cane blanche, le téléphone qui parle. Cette année, tenir dans mes bras un être aussi fragile m’a rappelé que j’étais bel et bien quelqu’un de différent. Si je prends autant à cœur l’attitude de Samir à mon égard, c’est probablement parce que je doute de moi.

Quand j’étais encore au lycée, je me disais qu’aucune femme digne de ce nom n’accepterait de se marier avec moi. Plus tard, je pensais que je n’arriverais jamais à avoir un vrai travail. Je m’imaginais passer ma vie entière aux crochets des allocations. À l’heure où j’écris ces lignes, mon épouse est au magasin et utilise l’argent que j’ai gagné à la sueur de mon front le mois dernier. Je me suis donc carrément trompé. Va-t-il en être de même avec le petit être qui dort à côté de moi ? Va-t-il être fier de son papa ?

Voilà en quelques mots toutes les questions qui me torturent l’esprit ces derniers temps. N’hésitez pas à me partager vos conseils si vous avez des solutions à m’apporter. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je vais continuer à faire de mon mieux pour qu’il m’accepte. Au fond de moi, je suis persuadé que ce sera le cas.

Guillaume

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